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FATIME ZAHRA MORJANI: « GARDIENNE DE NOS MÉMOIRES ...

FATIME ZAHRA MORJANI: « GARDIENNE DE NOS MÉMOIRES »

Oeuvre « Lune Rousse »

L’œuvre de Fatime Zahra Morjani se lit comme une ode à la mémoire. Des souvenirs ancrés de rites ancestraux, pratiqués par une grande mère si imprégnée par le besoin de partage.

De ce vécu, Fatime Zahra Morjani apprendra à son tour à transmettre ces rituels qu’elle considère comme des « secrets », cette fois ci par le prisme de l’art.

« Ma Grand-mère ma montré la fonction de chaque plante. Jai appris à les respecter, à les aimer. Je les faisais vivre, comme de véritables personnages. » confie -t- elle. Rattachées à la mémoire collective, ses œuvres en disent long sur la culture de la transmission, nécessaire à notre humanité.

« Ce que j’aime dans ces rituels, c’est leur valeur esthétique, patrimoniale, et anthropologique à la fois. », ajoute-t-elle.

Oeuvre « Salinger »

Les plantes sont au cœur de la démarche artistique, offrant « une Taxidermie » du paysage. En les figeant, elles deviennent dès lors éternelles. Cactus, graines de mais, feuilles de Bananiers et de palmiers, seigle, ou encore fibres végétales, sont séchées puis incorporées au cœur des toiles de l’artiste, telles des pièces rares, cadeaux de la nature.

Grace à une technique artistique basée sur la couleur, une lumière naturelle jaillit de ses œuvres.

Une nature menacée, que Fatime Zahra Morjani tente de préserver. « Il y a toujours une dimension environnementale dans mon travail « précise-t-elle. Ainsi, la mémoire que l’artiste évoque tisse le lien entre l’homme et sa relation à la nature.

La prédominance du jaune et du rouge dans le travail de l’artiste, combinés à une couleur sombre rappelant les cendres, évoquent le danger auquel la nature s’expose. Une domination humaine sur la nature, qu’elle compare à la domination masculine sur la gente féminine, dans une société où règne le patriarcat. Par la force des choses, un lien étroit s’opère entre la femme et le monde végétal qui l’entoure.

Oeuvre « L’Oeil dans la jarre »

Son travail artistique puise sa source d’inspiration dans le cosmos : la graine liée a la planète, elle même liée à l’univers.

Une planète menacée par l’Homme, une espèce végétale en voie de disparition…Une question, qui en ces temps de pandémie, habite et continuera d’habiter longuement nos esprits.

Derrière toute cette matière riche constituée par la flore, Fatime Zahra Morjani garde néanmoins des lignes épurées, presque géométriques, qui rappellent sa formation d’architecte.

La faune est toute aussi importante dans la démarche de l’artiste. Lors de sa dernière exposition à Casablanca, elle y consacre toute une installation de chauves-souris en papier noir, dont on avait pu observer les prémices en 2017 lors de son solo show à Rabat. Par ce biais, elle y dénonce les nombreuses recherches scientifiques opérées sur l’espèce animale. « En faisant ainsi, on bouleverse l’écosystème » précise t-elle.

Installation « Chauve Souris » – Espace Artorium

Elle aura été visionnaire : une question plus que jamais d’actualité à l’ère de la pandémie du Covid- 19.

Au sein de son petit cabinet de curiosités, l’artiste devient herboriste. A travers cette flore séchée, où plantes, herbes et graines sont rangées méticuleusement près de ses croquis, elle nous transporte dans un univers imaginaire, imprégné de nombreux rituels.

Une sorte de fragilité et de pureté se dégage de ses créations. Par le biais de ses souvenirs, elle donne ainsi vie à l’invisible, l’infiniment petit….L’œuvre parle d’elle-même.

Oeuvre « Chiba »

Brève biographie de l’artiste :

Après avoir vécu au Maroc, puis en Ethiopie où elle a travaillé aux Nations Unies, c’est à Varsovie que Fatime Zahra Morjani, architecte de formation, expose pour la première fois en 2010.
Elle retourne au Maroc en 2013 ou elle y exposera plus tard son Solo Show « Obsidienne », à l’Institut Français de Rabat en 2017, puis à l’espace d’art Artorium, qui lui a consacré son exposition « Rituels » en mars 2020, sous le commissariat de Anaïs FA.
Ses oeuvres expriment un engagement pour la cause environnementale et dénoncent l’emprise de l’Homme sur la nature.
Exposition « RITUELS » de Fatime Zahra Morjani
Espace d’art ARTORIUM – Fondation TGCC
Casablanca
Visitez l’exposition en ligne en cliquant sur le lien suivant:

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