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LETTRE EN HOMMAGE À FEU RACHID TAHA – « BY »...

LETTRE EN HOMMAGE À FEU RACHID TAHA – « BY » ABBAS MSEFER

« Rachid, depuis l’annonce de ton décès le 12 septembre 2018, je suis enveloppé d’une sorte d’épaisse brume qui m’empêche de voir ce qui se passe autour de moi. A l’intérieur de ce cocon, je m’assure d’écouter chaque jour ta musique et ta voix.

Cher Rachid, ta musique m’a accompagné de tout au long de ma vie. Tu as été présent dans les moments les plus marquants : Adolescence, prise de conscience politique, rébellion, affirmation de mon arabité.

Cher Taha, ta voix rugissante, mariant Rock , Raï et Chaabi a toujours été présente.

Il y a eu d’abord « Barbès », une bombe pour moi en pleine adolescence. Ce refrain simple, « Fi Barbès » était porteur d’un message d’affirmation de l’Arabe de France. « Fi Barbès » a résonné longtemps dans ma tête évoquant un quartier mythique que je n’avais jamais visité mais qui avait une réputation assez dégradante de quartier d’arabes à Paris, une copie conforme de la vie Maghrébine en France.

Malgré le dénigrement de ce quartier, tu en as fait sortir une joie de vivre contagieuse. Tu as rendu la vie à ce ghetto, symbole du rejet de l’Arabe. Malgré le racisme quotidien, les habitants de Barbès chantent, dansent et vivent.

C’est grâce à toi Rachid que je me suis débarrassé du complexe du « colonisé ». Tu m’as montré que l’Africain que j’étais, n’était pas un « rebeu » mais un artiste fière de son patrimoine et de sa musique. Tu es même allé au-delà de ta musique, Rachid,  puisque tu as fusionné avec la musique occidentale en offrant des moments de joie, aux arabes et aux français.

Et ce clip, quel choc. L’adolescent que j’étais, intrigué par cette dame aux cheveux blonds assise à tes cotés, et dont la poitrine généreuse participe activement à cette fête.

Cher Rachid, face à ta mort, j’ai la sale impression que je ne pourrais plus entendre des refrains qui enchantent et dénoncent : « Voilà, voilà que tout recommence ». Dénoncer le racisme avec des phrases courtes et poignantes. Avec ton départ, j’ai l’horrible impression que ce fléau prendra plus d’ampleur dans nos sociétés.

Cher Taha, grâce à « 1, 2,3 Soleil » et à tes 2 acolytes, tu as remis à jour «Ya Rayah » et tu m’as fait aimer la musique du Maghreb, qui en tant qu’ancien élève de la mission française, me paraissait « Beldia » et « démodée ».

J’ai aussi découvert la réalité de mon environnement et goûté à l’âpreté de la vie de mes concitoyens qui n’avaient d’autres choix que de fuir leurs pays à la recherche d’un avenir meilleur, même s’il fallait payait de sa dignité et endurer les affres du racisme et du rejet.

Ah l’immigration forcée ! Un autre mal de notre région. Nous sommes tous des immigrés, des déracinés. Nous avons tous étaient contraints de fuir nos villes natales, peu ou pas assez développées pour le bien être des habitants.

Merci Rachid pour cette prise de conscience.

Mon cher Rachid, je veux aussi t’avouer quelque chose dont je ne suis pas fier. Je n’ai découvert certaines de tes chansons qu’à l’annonce de ton départ. «Douce France», «Zoubida»,« Ecoute moi camarade »tournent en bouclent depuis le 12 septembre 2018.

Du Rock , Du Raî, du cri et de la Poésie…..

Cher Enchanteur, Trenet a trouvé un successeur, Zoubida a trouvé en toi son Robin des Bois.

Le Camarade a trouvé des conseils pour démasquer son épine déguisée en Rose.

Mon cher Rachid, tu figures parmi ces Artistes qui ont rayonné et donné de la fierté à leurs Concitoyens choqués par des années de colonisation et d’absence de liberté.

Tu fais partie de ce panthéon arabe qui compte Omar Sharif, Fairouz, Warda, Oum Kaltoum et bien d’autres. Tu as su conjugué toute la beauté de la musique arabe et l’éclat de la musique Occidentale.

Pour toutes ces raisons, je t’en supplie reviens Rachid, reviens…… »

 

Abbas Msefer

 

 


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