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MEDERIC TURAY: LES COULEURS VIVES QUI REFLÈTENT NOTRE SOMBRE VÉRITÉ

Originaire de la cote d’Ivoire mais avant tout citoyen du monde , l’artiste peintre & plasticien Médéric Turay est un passionné perfectionniste, aux multiples facettes. Fils d’un diplomate, il s’envole dès l’age de quatre ans pour les Etats Unis, et grandit au sein d’ influences musicales et artistiques américaines. Sa passion pour l’art, Médéric la cultive des sa tendre enfance, où il commence déjà à dessiner en imitant Picasso, Basquiat, ou encore les Cartoons de bandes dessinées. « Les formes et les couleurs m’ont toujours passionnées » précise- t- il.

Fortement influencé par l’univers de » l’Entertainment » qu’il découvre aux Etats Unis, il se réinstalle à l’age de 16 ans dans son pays natal, la Cote d’Ivoire, où faire de nouveau sa place parmi les siens n’a pas été évident. « Redécouvrir l’essence de mon pays a été un vrai combat, cependant nécessaire » nous confie-t-il.

Son baccalauréat en poche, Médéric Turay entame une formation en art appliqué à « l’Institut National Supérieur des Arts de Cote d’Ivoire », où il étudiera l’art africain brut ethnique sous toutes ses formes, notamment la symbolique des masques ancestraux africains. Ce retour aux sources lui permettra de se frotter aux traditions africaines issues de villages ivoirins reculés. Il est nommé en 1999, meilleur jeune artiste plasticien d’Afrique de l’Ouest.

Rencontre avec un artiste hors du commun, qui nous ouvre les portes de son univers afro-américain, riche en couleurs et en originalité.

Comment pourrait-on qualifier votre art?

Il s’agit d’un art ethnique urbain contemporain, qui combine à la fois mes influences occidentales ainsi que la culture africaine et ses traditions. Mon travail réside principalement dans l’étude de l’être humain en soulevant cette schizophrénie qui habite chacun de nous, ainsi que des sujets sociétaux qui me tiennent a cœur, à savoir l’immigration, le racisme ou encore le terrorisme.

Que signifie cet œil contrasté présent dans toutes vos œuvres?

Je considère que les yeux sont le miroir de l’âme. J’y accorde donc une importance particulière. Pour réaliser l’œil tourbillon et l’œil croix, présents dans tous mes personnages, j’ai été influencé par le Ying et le Yang. Le tourbillon signifiant l’harmonie totale de l’être humain, tandis que la croix relève du coté sombre, négatif et imparfait de l’homme. En quelque sorte,  l’ordre VS le désordre.

Ainsi, à travers mon art, j’essaye de répondre modestement à la question suivante: « Comment équilibrer notre humanisme? », en sachant pertinemment que la perfection n’existe pas, et que c’est un combat perdu devance.

Vous avez tendance à superposer plusieurs masques sur les visages de vos personnages. Pourquoi?

En effet, cette multitude de masques ancestraux africains cachant les visages de mes personnages, représentent cette double, parfois triple personnalité ou facette, présente chez les individus. J’ai tendance à transformer ces masques, y apporter ma touche. Les personnages représentés dans mes œuvres portent tous ce masque qui permet de cacher leur identité. Ainsi, tout public pourrait s’y projeter. 

Vous avez nommé votre signature artistique « Traces ». Pouvez-vous nous en dire plus?

Je suis comme un pigeon voyageur qui laisse sa trace à travers son art. La trace définit mon histoire et ce que je souhaite raconter. Il y a toujours un message à véhiculer à travers mes œuvres. Je peins l’universalité car mes messages sont universels – Je suis quelque part un artiste engagé, la voix d’une société, mais dans le juste milieu.

Comment êtes-vous passé d’une carrière de musicien à une carrière de peintre – plasticien?

Quelque part, j’ai toujours su que j’allais être peintre. l’art, la peinture et sa créativité m’ont toujours appelé et je me devais  un jour ou l’autre d’y répondre.  Lorsque j’étais musicien déjà, la peinture ne m’a jamais quitté. J’ai toujours travaillé cette passion, mais dans l’ombre.  J’ai d’ailleurs remporté plusieurs concours d’art en parallèle de ma carrière de chanteur, qui était ma première carrière artistique.

En parlant de musique, l’écoutez-vous pour peindre?

Oui, je peins en écoutant toutes sortes de musiques, à fort volume: de la musique des années 50 jusqu’au Hip hop( musique urbaine) en passant par le classique, etc. La musique est une forme d’énergie, qui véhicule des vibrations et qui m’inspire pour peindre.

Quels sont les matériaux utilisés dans vos œuvres?

Les grains de café car j’aime rappeller que la cote d’ivoire est l’un des leaders producteurs de café au monde. On peut les retrouver sur les masques de mes personnages par exemple. Il y a aussi la peinture à l’huile et acrylique, le pastel a l’huile, le perlage, les bijoux, les plaques de bois et le métal pour la sculpture. Je veux que chacune de mes œuvres soit la plus unique possible.

Parlez-nous de vos inspirations du quotidien…

Je suis d’abord inspiré par mon environnement direct, tout ce que je vois autour de moi. 

J’ai également un œil critique sur des sujets comme le terrorisme, le racisme ou l’immigration qui sont des thématiques qui me tiennent particulièrement à cœur. J’ai toujours dit que si je n’étais pas devenu peintre, je serai probablement dans le social à apporter mon aide. Il y a toujours ce coté sombre dans mon travail même si j’y mets beaucoup de couleurs.

Je suis également fortement inspiré par l’art africain. Son coté ethnique et tribal que je retrouve en cote d’Ivoire.

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Et de vos influences artistiques….

Je citerai d’abord maître Fadairo, du bénin, spécialisé dans l’art ancestral des vaudou, qui m’a formé et m’a tout appris dans le domaine de l’art. Puis, Leonard de Vinci, Michel Angelo, Picasso,  Takashi murakami. 

Francis Becon aussi, qui offre un concentré d’émotions dans ses personnages.

Comment décririez-vous l’artiste Mederic Turay?

Je dirai un travailleur acharne car je produis sans arrêt. Un passionné aussi, perfectionniste, avec toujours cette envie de se surpasser. Et enfin, quelqu’un qui aime l’originalité, que ce soit dans la façon de m’habiller, ou dans mon travail. J’aime changer la norme dans l’esthétique, brouiller les pistes. Il est important d’avoir sa propre signature.

Que pensez vous de la jeune scène artistique marocaine?

C’est une scène dynamique. Les jeunes artistes marocains produisent de plus en plus et sont de plus en plus passionnés. Beaucoup font partie aujourd’hui d’un art contemporain africain, en plein essor. J’ai d’ailleurs été très honoré de participer a l’événement « l’Afrique en capitales » à rabat ou j’ai eu l’occasion de recouvrir la façade du musée Mohammed VI ainsi que le train et tramways. Cela a été un vrai pont pour mon travail d’artiste et m’a permis de découvrir des artistes très talentueux.

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Parlez moi de votre dernière exposition, « African dreamer » qui a lieu actuellement à la galerie 38 à Casablanca.

Je suis un grand rêveur; Impossible n’est qu’un mot.  Il faut que les africains rêvent de leur continent – il était temps qu’on passe de « l’American dream » à  » l’African dream ». Nous devons travailler sur nous pour changer les mentalités et c’est le rôle de la société de l’enseigner. On pense souvent que le paradis est en Europe ou aux USA, alors que chez nous tout est fait pour créer notre paradis.

A travers « African dreamer », je fais en sorte que nous soyons tous fiers de notre continent, que l’on prenne connaissance de la richesse de notre patrimoine et que l’on valorise notre propre culture. C’est ce que j’ai voulu retranscrire à travers ma dernière exposition, qui regroupe à la fois peinture, sculpture et dessin.

De quelle oeuvre de votre exposition auriez-vous envie de nous parler ?

Je peux vous parler de la pièce du bateau « Lost Paradise » qui est une pièce unique, faisant partie de mes sculptures. Des africains tentant d’immigrer. Avant de représenter ses personnages, j’ai imaginé et créé pour chaque individu son histoire. Il faut connaitre l’histoire de chacun pour comprendre d’où vient cette envie de partir. Malgré l’utilisation de couleurs vives, je peins le sombre.

Je peux aussi vous parler de la « Mona Lisa » Africaine, qui est un véritable symbole, car malgré son importance, il est si dure d’avoir le rôle d’une femme dans certaines sociétés.

 

Exposition « African Dreamer » de Médéric Turay

Jusqu’au 7 Janvier 2018

Galerie 38 

38 bd Abdelhadi Boutaleb (Ex Route d’Azemmour)

Casablanca

 


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