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MEHDYA FASSI FIHRI: UNE COMÉDIENNE HORS PAIR SUR L...

MEHDYA FASSI FIHRI: UNE COMÉDIENNE HORS PAIR SUR LES PLANCHES DE NEW YORK

Credit photo @Aurelie Jouan

Fonceuse, persévérante, belle et charismatique,  MEHDYA FASSI incarne la passion. A tout juste 30 ans, cette jeune comédienne marocco-belge brille sur les planches de New York, où elle vit depuis 3 ans. 

Rencontre avec une artiste libre et engagée, qui nous accueille dans son appartement  New-yorkais niché au cœur des graffiti street art de Brooklyn. 

LE PARCOURS DE MEHDYA FASSI FIHRI

Jouer s’impose à elle comme une évidence dès l’age de 17 ans, lorsqu’elle assiste à Bruxelles pour la première fois à un cours de théâtre. A 18 ans, BAC en poche, elle s’envole pour Paris où elle entame la cession d’été du cours Florent en vue d’une formation théâtrale. La rencontre avec son professeur jean Pierre Garnier sera décisive pour le choix de sa carrière de comédienne.

Elle part donc pour Paris où elle intègre la prestigieuse « Ecole du Jeu ». Elle en sortira diplômée en 2012. 

Parallèlement à ses études théâtrales, un long travail de recherche intérieure, notamment à travers une quête de liberté, s’imposera à elle: « Je voulais me sentir libre et utiliser le théâtre comme forme d’expression et de mise en lumière des sujets qui me tiennent le plus à cœur. Trouver cette liberté a été une bataille sans relâche » ajoute t-elle. « L’Ecole du jeu » lui permet de travailler avec des professeurs de renom que sont Delphine Eliet, Polina Klimovitskaya, Alexandre Del Perugia ou encore Nabil El Amraoui.

Elle crée dans la foulée sa compagnie de théâtre « les mômes” au sein de laquelle elle monte une pièce féministe « Médée » (tragédie grecque d’Euripide), tout en donnant en parallèle des cours de théâtre adultes amateurs. A Paris, elle tourne dans des courts métrages d’étudiants et joue au « 104 », à la « Bellevilloise », au « Dansoir Karine Saporta », au « BAW » (Bilangual Acting Workshop), et au « Cirque d’hiver ».

Credit photo @Jenny Sharp

L’année 2014 constitue un nouveau tournant dans sa carrière, et le début d’une nouvelle aventure: New York. « C’était un nouveau départ pour moi, la découverte du théâtre américain, un rêve qui devenait réalité » précise-t-elle. Mehdya reprendra contact avec Polina Klimovitskaya (Yale University) qui devient sa professeur aux « Michael Howard Studios », et effectue en parallèle du bénévolat au « Bushwick Starr Theater » à Brooklyn, ce qui lui permettra de faire de belle rencontres artistiques dans le milieu du théâtre indépendant New-yorkais. C’est ainsi qu’elle obtiendra son premier rôle à NYC aux côtés du metteur en scène Jesse Freedman au » New Ohio Theatre », ou elle jouera “Karaoke Bacchae”, « Les bacchantes » d’Euripide revisitée en pièce contemporaine.  Elle joue également en anglais dans “Viral Beauty” de David Tyson Lam, un long métrage indépendant, ainsi que dans trois court métrage avec la « NYU Tish School » et le « Brooklyn College ».

Durant toute l’année 2017, elle assiste la « merveilleuse » Trudy Steibl au HB STUDIO, l’une des plus prestigieuses écoles de théâtre New-yorkaise, ce qui lui permet de continuer à travailler des scènes en anglais et de découvrir de nouveaux auteurs américains, classiques et contemporains. 

1- Que représente pour vous le théâtre?

Le théâtre est un Symbole de liberté et d’expression. Je pense que tout théâtre est politique. Il permet de dénoncer des injustices, de ramener un peu de lumière, de prise de conscience et j’espère de remise en question par rapport à des sujets sensibles ou tabous. 

J’aime la scène et sa dimension. J’ai besoin d’y être pour dire les choses.

J’aime travailler avec les artistes indépendants, et je fonctionne beaucoup au coup de cœur.

ll y a une dualité car tout en étant une expérience humaine, de rencontre avec l’autre et de connaissance de soi, se mettre à nu et être vulnérable en public est effrayant et joyeux, simple et complexe à la fois. 

 ….Et le cinéma?

J’ai découvert le cinéma plus tard que le théâtre. C’est tout aussi intéressant.  il y a la même puissance d’engagement qu’au théâtre. Si je n’avais pas été actrice, un de mes rêves aurait été d’être directrice de photographie au cinéma. Le médium du cinéma est fantastique et je regarde toujours les couleurs, l’atmosphère et la lumière qui règnent dans les films.

Credit photo @Claire Taibi

2- Vous avez parlé d’injustices. On parle beaucoup actuellement des droits de la femme. Il y a d’ailleurs eu une manifestation dans les rues de Washington en Janvier dernier « La marche des femmes ». Vous sentez vous proche de ce combat? 

Je pense que l’égalité hommes-femmes est loin d’être acquise. C’est d’ailleurs le cas aux Etats Unis où le sexisme du président et certains de ses propos sont terrifiants. De même, on constate toujours une inégalité des salaires hommes-femmes, sans oublier la crainte d’exprimer ses peurs et ses émotions. C’est comme si l’on privait les hommes et femmes de leur droits fondamentaux.  

Les femmes se battent depuis la nuit des temps pour leur liberte, et leur égalité. Il ne faut pas oublier qu’en France le viol n’a été reconnu crime par la loi qu’en 1980.

Vous avez parle de la « marche des Femmes » à Washington. J’y ai participé en janvier dernier. C’était à la fois valorisant et stimulant de me retrouver parmi ses hommes et femmes de tous âges en direction de la Maison Blanche , manifestant pour nos droits les plus basiques.

Je pense que c’est une question d’éducation. Nous devons toutes prêter attention en tant que femmes, au langage que nous utilisons et prendre conscience de cette misogynie qui nous entoure, même chez nous femmes. Réaliser l’image que nous avons de nous même est un bon début pour arriver au changement.

La femme est un sujet qui me touche particulièrement et donc très présent dans mon travail théâtral.

3- Qu’avez-vous étudié au théâtre?

La voix, le chant, le corps, les textes classiques et contemporains, le clown, le masque.

Credit Photo @Claire Taibi

3- Parlez-nous de votre dernière expérience théâtrale…

Mon dernier travail était une performance de corps et voix présentée au « Brooklyn Museum » à New York. Il s’agit de “Crows (corbeaux)” dirigé par la chorégraphe Bouchra Ouzine. Ce spectacle invite le public à regarder des femmes similaires à des sculptures qui bougent leur corps derrière une installation sonore. C’est un spectacle sonore et corporel puissant. Il est spontané et offre d’incroyables sons, un mélange de cris et de pleurs dans les graves et les aigus. Nous avons beaucoup travaillé sur la nuque et les cervicales. Au delà d’être un beau challenge, j’ai pu faire de belles rencontres de femmes à travers ce spectacle.

4- A part le théâtre, quelles sont vos autres passions?

Je chante dans le « New York Andalou Ensemble », une chorale dirigée par Samuel Tordjman Thomas, ethnomusicologue et musicien, dont la mère est Casablancaise et le père Américain. On y chante en hébreux, arabe darija, et en espagnol. Les concerts affichent complets et sont un beau moment de partage entre toutes les différentes cultures et un important rappel que nous sommes tous pareil.

J’adore aussi cuisiner et je cuisine souvent marocain.

Je prend également des cours de yoga et de psychologie en ligne qui sont directement liés à la pratique de mon art, puisque le yoga m’aide à être dans mon corps et à l’écouter tandis que la psychologie à mieux comprendre l’humain et drainer des qualités telles que la compassion et l’empathie.

5 – Votre livre de chevet?

En ce moment je relis Dario Fo et Franca Rame : “ Recits de femmes et autres histoires”.

6 – Vos inspirations du moment?

Violas Davis, Charlie Chaplin et Gnawa Music

Credit photo @Claire Taibi

6 – Quels sont vos futurs projets théâtre / Cinéma?

Je passe des castings pour des courts et longs métrages. Je suis également sur un projet théâtral et coté cinéma je travaille avec la réalisatrice Marocco-Américaine Aisha Jabour sur son prochain long métrage qu’elle tournera au Maroc en Anglais, Français et Darija. 

7- La Mehdya d’aujourd’hui, qui est-elle?

La nouvelle Mehdya a transformé la peur en la prise de risques. Je dirais que la Mehdya d’aujourd’hui est dans l’acceptation, la prise de choix et l’action. 

8- Comment vivez-vous votre mixité? En quoi sentez-vous proche de vos racines Marocaines? 

Toujours difficile de parler d’identité, surtout pour une actrice (rires). Voici ce que je pense, c’est extrait d’un de mes livres préférés d’Amin Maalouf « Les identités meurtrières »:  « L’identité n’est pas donné une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence ».

Je suis née au Maroc et j’ai grandi entre le Maroc et la Belgique. J’ai étudié en France et j’habite depuis 3 ans aux USA. Tous ces voyages font parti de moi et ont énormément apporté à mon éducation et à ma façon de voir le monde, que ce soit au niveau des langues que je parle, des musiques que j’écoute ou même de la cuisine que je mange. 

9- Comment vous projetez-vous dans quelques années?

Je me vois jouer dans les théâtres indépendants de NYC. Travailler avec des metteurs en scène et réalisateurs Américains et internationaux.  J’ai aussi une envie pressante d’écrire mon premier scénario; Je ne sais pas encore si ce sera sous forme de film ou de pièce de théâtre.

Bande démo:

Site web:

http://www.mehdyafassi.com/


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