En Lecture

« MÊME PAS MORT » DE YOUSSOUF AMINE ELALAMY: LA RE...

« MÊME PAS MORT » DE YOUSSOUF AMINE ELALAMY: LA RENAISSANCE D’UN PERE

Lorsque l’auteur de « Un Marocain à New York » nous raconte son père, cela donne un livre émouvant et inattendu.  

« Même pas mort » : Voilà une expression qui en dit long sur notre acharnement et notre volonté de vivre. Malgré les affres de la vie, les obstacles, les décès, les maladies, le chômage, la séparation, on continue à se battre et à courir après notre bonheur. J’ai lu un livre d’un trait, tel un coureur de 100 m et qui contenait tous ces ingrédients. Entre le moment où j’ai appris que Youssouf Amine Elalamy avait sorti un nouveau livre et le moment où je l’ai lu, il y a dû y avoir une semaine.

Je m’attendais à un livre qui serait de la même veine que les précédents : le hilarant “Un Marocain à New York “, le caustique “Paris, mon Bled», le succulent et malicieux “ Tqarqib Ennab” ou qui ressemblerait à l’exposition surprenante “Miniatures”. Je m’attendais à retrouver ces expressions qui font rire et qui dressent toujours un va et vient constant entre la spécificité marocaine et l’international, le tout enrobé d’humour. Je pensais trouver un ouvrage qui me ferait rire. Rien de tout cela. Mais je n’ai pas été déçu par cette surprise. En fait, je pense que l’auteur s’est bien amusé à surprendre ses lecteurs. Il savait que ses lecteurs allaient être surpris par le ton différent de “Même pas mort”.

Il y a d’abord la couverture. Ce regard d’enfant jouant du violon est très intrigant. Est-ce le regard d’un enfant heureux ? La photo et sa couleur donnent un avant-goût et un indice sur le sujet du souvenir. Nous avons tous ces albums jaunis qui sont là pour rappeler l’enfant que nous avons été. Chaque photo est un voyage vers un passé heureux ou douloureux que l’on aime revisiter de temps en temps.

Ce livre m’a profondément touché par son sujet. L’auteur fait revivre son père décédé. Il décrit minutieusement le vide crée par cette absence. Il le fait revivre. Il regarde la vie à travers les yeux de son père. Jamais je n’aurais pensé qu’un auteur comme Youssouf Amine Elalamy puisse être à l’origine d’un ouvrage aussi triste même s’il dégage de temps en temps des lueurs d’espoir.

Mais comment a-t-il pu donner naissance à des “livres -comédies” comme un “Marocain à New York” en ayant toute cette tristesse enfouie en lui. La douleur est omniprésente dans ce livre notamment à travers des événements violents comme la chute de l’enfant dans la piscine ou encore le coup d’état de Skhirat contre le roi Hassan II où l’on voit le père de l’auteur faire tout son possible pour fuir la mort.

C’est un livre qui décrit également ce lien mystérieux qui existe entre un fils et son père ou plus généralement entre et un enfant et un parent. Que l’on soit en accord avec son père ou pas, il y a lien particulier qui se crée. Il est fait d’admiration, de crainte et de complicité. Est-ce que ce lien disparaît avec la mort ? Non, le fils fait tout pour retrouver son père à travers son imagination et ses souvenirs. En écrivant ce livre, je pense que Youssouf Amine Elalamy a eu envie de revivre ce lien et de retrouver son père pour partager avec lui des moments et peut -être pour qu’il ne meure jamais à ses yeux.

Enfin en terminant la lecture de ce livre, on se demande quelle sera la prochaine surprise de Youssouf Amine Elalamy : va-t-il nous concocter un nouveau livre ? une exposition? Une chanson peut-être ?Des fresques? Des sculptures ? Quel sujet va-t-il partager avec nous ? S’agit-il de ses voyages ? S’agit-il de la jeunesse marocaine avec toute sa soif de liberté ? Va-t-il nous parler encore d’un sujet triste ? C’est ce flou et ce sentiment d’être victime d’une surprise qui nous plaît et qui nous permet d’attendre.

“Même pas mort” paru aux Editions Le Fennec

 

Ecrit pas Abbas Msefer

 


ARTICLES SIMILAIRES

Commentaires fermés