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« MOURIR EST UN ENCHANTEMENT »: UN LIVRE DE YASMIN...

« MOURIR EST UN ENCHANTEMENT »: UN LIVRE DE YASMINE CHAMI

Kawn Culture vous emmène aujourd’hui au coeur d’un roman d’une grande sensibilité, « Mourrir est un enchantement » de Yasmine Chami, récompensé lors du prix de la Littérature Arabe 2017 à l’Institut du Monde Arabe.

Un roman qui transmet une histoire familiale mais aussi l’histoire d’un pays: Le Maroc, à travers des souvenirs de photos de famille, piochées au fond d’un sac.

Sara, jeune femme d’une quarantaine d’années issue de la haute bourgeoisie intellectuelle et sociale du Maroc, se remémore ses souvenirs de famille, entourée de ses deux garçons.

Affaiblit par un cancer de l’utérus qui ne lui laisse désormais plus que quelques instants vivre, c’est en plongeant sa main dans un vieux sac de photos qu’elle fait défiler les moments si précieux de sa vie entre Rabat sa ville natale et la maison de plage de Skhirat, aux cotés de ses parents, grand-parents, frères,  cousins, cousines et tantes.

Ainsi, les moments de joie se confrontent à des moments plus douloureux autour d’un portrait de famille où se dégage à la fois spontanéité, innocence de l’enfance et fraicheur d’instants inoubliables.

« Mourir est un enchantement » est un défilé d’événements familiaux marquant dans l’histoire de son héroine: mariages, circoncisions, baptêmes, fêtes religieuses, mais aussi la perte des être chers, en commençant par Lalla Kenza, la grand mère paternelle, qui n’a jamais réussi à faire le deuil de son mari, puis « Papi » de son nom Fethi, ce grand père si attentionné envers ses petits-enfants, dans l’amour du partage des bonnes manières et du savoir. il aura sans doute contribuer à transmettre à Sara ce goût prononcé pour l’histoire et la littérature.

Ces instants, ce sont eux qui ont forgé cette jeune femme sensible, mère de famille divorcée évoluant par choix puis par goût sans homme à ses cotés, indépendante et émancipée, comme l’ont été sa mère, ses tantes et ses grand-mères, qui sont à l’initiative même d’un Maroc moderne.

Aux instants personnels s’ajoutent des moments marquants de l’histoire du Maroc des années 50 jusqu’aux années 90.

Yasmine Chami nous livre ici la clé d’un environnement familial heureux dans lequel Sara grandit, et auquel elle se rattache par le biais de souvenirs favorisant quelque part son combat contre la maladie: la naissance des histoires d’amour des grands-parents, les moments de complicité entre frères et cousins, les visites enfant aux jardin exotique, la culture marocaine et ses traditions mêlée à la culture occidentale dans un élan de modernité, le sens des sacrifices, l’amour du pays notamment à travers des grands parents ayant milité pour l’indépendance du Maroc, ainsi que l’ouverture d’esprit au sein d’un environnement familial intellectuel florissant.

Dans un contexte politique particulier du Maroc sous le règne du roi Hassan II où le débat se fige brutalement et l’étreinte policière se renforce, l’émancipation des femmes et l’amour restent le point central de l’histoire familiale de Sarah, unissant ainsi les générations autour de moments de partage qu’elle tente de transmettre désormais à ses enfants.

« Mourrir est un enchantement » perpétue ainsi la mémoire, à travers le seul outil photographique, qui en remontant dans le temps, permet au personnage de Sara de revivre son histoire, celle de son passé, dont ses enfants sont désormais les témoins.

A travers ce roman, ce sont les expériences individuelles d’un monde en voie de disparition, qui contribuent à construire une certaine mémoire collective si nécessaire à transmettre aux nouvelles générations.

 

« Mourrir est un enchantement » de Yasmine Chami

Editions « Actes Sud »

 

 


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