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LA SOCIÉTÉ VUE PAR L’ŒIL DU PHOTOGRAPHE M’HA...

LA SOCIÉTÉ VUE PAR L’ŒIL DU PHOTOGRAPHE M’HAMMED KILITO

M’hammed Kilito fait partie de cette génération montante de photographes marocains, construisant son portfolio autour de questions de société et plaçant l’individu au cœur de ses préoccupations.

En quelques années seulement, il a su s’imposer comme un photographe incontournable de la jeune scène marocaine, au coté atypique, laissant transparaître un univers propre à lui à travers l’ensemble de ses œuvres.

Il présente sa première exposition individuelle « Destinées » à l’Institut français de Rabat jusqu’au 25 novembre 2017 et nous ouvre les portes de son parcours photographique.

Rencontre avec un artiste de talent à la carrière prometteuse.

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Série « Destinées »

1- Parlez nous brièvement de votre parcours

Je suis né à Lvov en Ukraine, j’ai grandit à Rabat puis je me suis installé au Canada en 2001. Après des études en génie logiciel et en sciences politiques à l’Université d’Ottawa, j’ai suivi une formation en photographie à l’Ecole d’Art d’Ottawa.

J’ai été coordonnateur de projets et chercheur au conseil de planification social d’Ottawa en 2010, puis chef du département photo et vidéo à l’agence de publicité montréalaise Ressac (2012 à 2015). En 2015, j’ai décidé de me consacrer exclusivement à la photographie et me suis installé au Maroc pour exercer le métier.

 

2- Quelles sont les manifestations culturelles auxquelles vous avez participé et les publications au sein desquelles sont apparues vos photos ?

J’ai participé à de nombreuses expositions collectives telles que la Rétine argentique à Marseille, La Fondation Alliances à Casablanca, la Fotofilmic Gallery à Vancouver, le 18 à Marrakech, l’Offprint London Artbook Fair à la Tate Modern à Londres, la Bibliothèque Nationale de Rabat, Les Nuits photographiques d’Essaouira, ou encore la galerie Visual Voice à Montréal. Ma première exposition individuelle se poursuit jusqu’au 25 novembre 2017 à la galerie de l’Institut français de Rabat.

Mes travaux ont également été publiés dans divers magazines et quotidiens tels que The Washington Post, Off The Wall, Jeune Afrique, Diptyk, l’Express, Afrique Magazine et Telquel.

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Diptyque extrait de la série « Destinées »

3- Pouvez-vous nous expliquer votre démarche artistique ?

Mon travail photographique porte sur les petits détails de la vie quotidienne qui documentent un Maroc contemporain. L’observation du quotidien, les rencontres que je fais et les histoires qu’on me raconte m’inspirent et m’ouvrent le champ sur des questions sociopolitiques telles que les contrastes socio-économiques, la migration, l’identité ou le déterminisme social.

Ma démarche s’inscrit dans la méthode de la sociologie visuelle ou l’image est pensée comme un outil qui rassemble les trois principes fondamentaux d’une analyse : la description, la recherche des contextes et l’interprétation. J’estime que l’utilisation de la photographie comme outil de recherche aide à mieux comprendre notre société et permet une connexion plus ample entre la perception et la pensée. Elle aide à mieux saisir le monde dans lequel on vit et permet une représentation plus ample de la réalité sociale.

4- « Errances » & « Un si long chemin » font partie de vos séries photographiques phares. Pouvez-vous nous en dire plus ?

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Série « Errances »

A travers la série « Errances », j’ai voulu montré le Maroc auquel on tourne le dos, ce Maroc rural souvent considéré comme archaïque, bien que solidement ancré dans les traditions millénaires dont nous avons tant de choses à apprendre. C’est un Maroc que nous ne pouvons négliger dans notre marche vers l’avenir et que nous devons accompagner aussi. Je me suis intéressé aux larges contrastes existants entre le monde rural et les zones urbaines périphériques d’un côté, et les grandes villes de l’autre. « Errances » a été présentée à la Rétine Argentique, durant un open studio lors du Printemps de l’art contemporain à Marseille et à Dar El Mrini dans le cadre du Festival Résonances à Rabat.

« Un si long chemin » est une série photographique réalisée lors d’une collaboration sur un livre réalisé avec le psychanalyste Jalil Bennani et le Haut Commissariat des Nations Unis pour les Réfugiés. C’est un témoignage poignant de 30 réfugiés exilés au Maroc, originaires de 16 Pays différents. J’illustre à travers les photos le parcours de ces gens ayant quitté leur pays au péril de leur vie, et vivant un challenge quotidien pour leur intégration au Maroc. Face aux préjugés, je me suis donné comme mission d’humaniser et de redonner une place à ces hommes et ces femmes dans une société où il n’est pas évident de faire sa place.

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Série « Errances »

6- Que représente pour vous la photographie ?

Au delà de son coté esthétique, je pense que la photographie est un medium puissant qui peut être utilisé pour véhiculer des messages, informer et engager la réflexion, surtout dans un pays comme le Maroc où, selon les chiffres officiels du Haut Commissariat au Plan, 32 % de la population seraient analphabètes, soit 10 millions de personnes. Pas besoin d’expliquer l’importance et l’impact des images dans la société technologique dans laquelle nous vivons, les photos sont capables de révéler plus que les mots ou les statistiques. On nous parle beaucoup de statistiques, mais rarement de sentiments. Il faut humaniser la souffrance, humaniser la différence et tendre vers la justice.

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Série « Un Si Long Chemin »

7- L’exposition « Destinées » se poursuit jusqu’au 25 novembre à l’Institut Français de Rabat. Pouvez-vous nous en dire d’avantage ?

C’est une exposition où j’évalue la notion du déterminisme social. C’est la théorie qui soutient que toutes les actions humaines sont déterminées par leurs états antérieurs sans que la volonté puisse changer quoi que ce soit à cette détermination. Les hommes, dans ce système, n’ont donc pas de libre-arbitre et, s’ils croient le posséder, n’en possèdent que l’apparence.

Comment cette notion de déterminisme social affecte-t-elle les choix de carrière que nous faisons ? Ce déterminisme a-t-il même déjà une influence sur les rêves d’enfant que nous avions ? A travers un protocole consistant à photographier deux fois la même personne dans deux contextes différents : son cadre de travail actuel et la mise en scène de l’emploi qu’elle souhaitait avoir étant plus jeune, je cherche à questionner et à comprendre la réalité de cette notion.

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Diptyque extrait de la série « Destinées »

Dans ce projet, l’image est pensée comme un outil qui aide à mieux comprendre le monde social et permet une connexion plus ample entre la perception et la pensée. Grâce à une installation sonore, j’ai choisi de donner directement la parole aux sujets photographiés, car ce sont ces histoires que j’essaie de raconter, de mettre à nu : celles de ces personnes que nous croisons tous les jours, celle du Maroc contemporain, mais aussi la mienne…

 

http://www.kilito.com

 

 

Exposition « Destinées » de M’hammed Kilito

Du 1er au 25 Novembre 2017

Galerie de l’Institut français de Rabat

Rue Abou Inane, Rabat

Horaires: 09H00 – 18H30


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